romain nicolas
romain nicolas

romain nicolas

ecrivain pour le théâtre

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#7

Amis,

Debout !

L'année qui vient n'est pas l'année qui est passée.

L'Aube se lève et avec elle l'espoir d'un ordre nouveau.

Le temps du Grand Remplacement est venu.

 

L'avenir appartient aux audacieux

Les épiciers étouffent dans leur farine

Nous n'avons pas à attendre le paradis ou les prisons de l'enfantement !

Que les derniers deviennent les premiers et ce dès maintenant

 

Amis,

Le terre est un volume que nous devons englober de nos couilles énormes

Alors debout

Cette année

Osez être audacieux !

N'attendez pas que le fleuve ait fini de passer pour le traverser.

 

 

Il est plus facile de rêver à sa mesure que de s'élever à la hauteur de son propre délire. Mais qui a choisi ce métier pour coller à la petitesse de son esprit et céder à la médiocrité de ses envies quotidiennes ? Qui a choisi de laisser sur le côté de la route l'énormité de ses puissants désirs parce qu'ils étaient trop lourds à porter ?

Joignez ou ne joignez pas

MAIS SURTOUT

N'abandonnez pas

Jamais

Lancez vos propres projets guerriers

Inventez vos formes

Ouvrez des portes nouvelles dans tous les murs

Devenez des pic-verts et des rats

 

Nous sommes des combattants du gigantisme

Nous sommes des assoiffés de viagra

des êtres à croissance continue

des courbes exponentielles

Nous sommes des fonctions holomorphes

la rencontre imprévisible à grande vitesse d'un neutron et d'un noyau lourd

Nous sommes des armes non-conventionnelles

des clitoris turgescents

des vulves gonflées

des corps caverneux qui palpitent et des lèvres humides

et nous devons lutter contre nous-même pour le rester à chaque instant.

 

Amis,

Que vos guerres soient longues

Et que la rage vous propulse.

 

#6

Putain ! Mais merde mais est-ce qu'on est encore des enfants ?! Merde quoi !

Souvent j'ai des spectateurs (ou des lecteurs) qui viennent et qui me font (repproche à demi-mot ou avoué – et sacrément sûs d'eux les gars – et un vrai reproche important vu le nombre de fois que je l'entends) : « Oui heu, ben dit donc, mais y'a pas d'espoir dans ton truc. » ou alors « Mais il est où l'espoir là-dedans ? » ou alors « c'est quand même très noir ».
 

Mais...

Mais les gars mais...

Mais putain mais on est plus des enfants, non ?! Merde !

Je croyais qu'on était devenus adulte mais je me serai trompé ?

En fait ce serait une grande cour de récré le monde

Mais tout le mondejouerai à faire les grandes personnes très sérieuses

Non mais les gars...
Ça c'est des retours que j'ai l'impression d'entendre sortir de la bouche de Disney pour ses scénaristes, quoi!


C'est l'idée débile qu'il nous faudrait mentir aux enfants pour les protéger du monde, mais c'est pas les enfants, c'est le monde qu'il faut protéger putain !
Parce que cette idée qu'il faut (et qu'il y aurait) de l'espoir là où il y en a pas ça leur rentre dans la tête aux gosses
et après ça fait des générations de débiles complètement à côté de la plaque.
Ça fait des générations de dysneyoïdes boiteux du cerveau,
des générations de spectateurs qui te demandent leur dose d'espoir comme des camés en manque (qui peuvent être très intelligents par ailleurs mais alors dès qu'on leur raconte des histoires : de l'espoir ! de l'espoir !)
Mais putain mais t'écris pas pour faire plaisir aux gens !
T'écris pas pour les protéger du monde !
T'écris pas pour leur VENDRE du rêve et leur cacher le réel !
Si ?

Non ! Merde non !

 

T'écris pour leur foutre le nez dedans en fait,
t'écris même pas pour les déranger, t'écris pour leur CASSER LA GUEULE
pour leur PÊTER LES DENTS
pour leur CASSER LE NEZ
histoire de leur faire sentir les trucs autrement.

 

Et s'il y a pas d'espoir ?
Mais il est où l'espoir ? Nulle part, enculé ! Tu le vois toi ? Non. Parce qu'il est pas là.
Et si tu le mets dans tes pièces alors les gens vont se mettre à croire qu'il est là et vont se reposer tranquille :

l'espoir fait vivre.
Mais nous devons apprendre à mourir ! Et même, à TUER.
Il faut tuer ce qui en nous ment au reste, ce qui en nous fais de nous des porcs, des rats et des aveugles.
Et c'est pas en s'ajoutant un aveuglement de plus qu'on y arrivera.

 

De l'espoir... je vais t'en donner moi de l'espoir.

De l'espoir dans la haine qui monte.

De l'espoir dans le trou de la couche d'ozone.

De l'espoir dans la répétition de l'histoire.

De l'espoir dans l'auto-annihilation de l'humanité par elle-même.

De l'espoir dans la bêtise.

Donner de l'espoir en écrivant c'est abandonner son métier d'homme et rejoindre les bêtes.

Donner de l'espoir en écrivant c'est se faire vendeur de rêve,

c'est se faire marchand de sable

parce que l'espoir fait vendre

et là c'est le vrai désespoir

c'est se faire pire que les bêtes

pire que les insectes mangeurs de cadavres

c'est le meurtre de la véritable espérance qui pouvait apparaître

c'est participer à l'hypnose généralisée

à l'abandon du cerveau

pour la dysnéïsation globale

la pixarisation de nos atomes.

#5 La langue est comme les fils des marionnêtres. Les mots des pantins ne doivent pas freiner notre progression. Nous devons les déchirer en morceaux et les reconstruire en courroies de transmission. La langue doit être le scalpel endoscopique qui met à jour le charnier intérieur où se joue quotidiennement le jeu de cache-cache de ce qui tue et ce qui es tué.

# 4 Les paroles langagières échappées du langage normal étant la seule arme utilisable encore sans permis afin de vaincre ce qui en nous ne nous résiste pas, il nous la faut employer avec la véhémence du rat ou du chat huant. C'est un sein qui déborde comme un boulet de démolition, qu'il nous faut faire résonner comme un pont jusqu'à son explosion vibrante ; jusqu'à ce qu'un cri s'habille ; jusqu'à devenir l'arbre en feu qui incendie la forêt.

#3

> J'ai un projet: devenir un volcan.

Je veux écrire pour mesurer ma violence à celle de l'univers.
Je veux qu'avec mes personnages nous partions plus loin que nous-mêmes, plus loin que ce à quoi nous attendions
Je veux que nous creusions dans la langue pour en créer une autre plus profonde, plus vraie, qui soit réellement notre, réappropriée et révélatrice (par explosions, croisements, implosions, impulsions, hybridations, infiltration, percolations, déstructuration, reconstruction, fissions et fusions), qu'elle nous terrasse
Je veux creuser dans les situations, creuser toujours plus pour aller chercher au fond de la nuit qui s'avance au devant de nous et arriver jusqu'au magma du centre de la terre, cet insécable noyau de nuit qui nous habite (cette nuit qui fait oublier l'aube même)
Je veux arriver là où la frontière entre l'humain et l'inhumain n'existe plus, là où la bête intérieure attend, toute prête, le signal,
Et je veux faire jaillir ce magma à la surface du plateau pour tout y ravager, et brûler tous les habitants, je veux m'assurer de n'y rien laisser en l'état.

Je veux, par cette éruption ontologique, faire surgir ce que nous ne voulons pas voir : notre laideur, notre cruauté, notre bêtise, nos illusions, nos désirs et nos vanités, faire voir notre notre nature : le fait que nous ne sommes animés que par une chose, une seule loi universelle et vraie : celle qui dit que nous n'avons en partage que la bêtise.

Je veux faire rire de notre nature stupide, de nos faiblesses et de nos cruautés: que le rire soit un des gouffres de l'esprit, qu'il soit tragique, qu'il montre des personnages qui courent de catastrophes en catastrophe, de massacre en massacre, de haine en trahisons vers des désirs illusoires qui se changeront en fumée dès qu'ils croiront pouvoir tendre la main pour les saisir.

Il s'agit de mettre à jour les illusions, les mensonges généraux, les dispositifs d'oppression, les petites apparences ridicules, l'idiotie commune, la béance, la vanité, l'arbitraire, l'injustice, la prétention, l'instabilité et la bêtise intrinsèque que cachent les dispositifs sociaux, moraux, religieux et idéologiques.
Ce que je veux, c'est la bête qui se cache et s'agite juste derrière eux.
Je ne veux pas d'un théâtre qui soigne, j'en veux un qui détruit.
Je ne veux pas être consolant, je veux être vrai.

#2
> LANGUE – La langue est l'arme génératrice de l'explosion commotionneuse de la rate sus-citée, et de celles de toutes les rates des siècles présents et futurs, voire passés, si tel exploit est réabilisable, par direct du droit sur la dixième côte de tout un chacun, en vue de son renversement et rupture et défenestrations, pour abattage des divers murs de l'esprit immunitaire (n'existant qu'en vue de faire taire le cours fleuvial et souterrain de la vie peforante et ce par la taisure de la langue ou empêchement de tout autre mouvement, pas de travers, et de toutes les autre infections du système nerveux central) entraînant entrainement par là même de la machine à surchauffe de la tête-à-penser-droit en vue de sa destructuration.

 #1
> Notre temps est illimité. Ou du moins, c'est nous qui choisissons ce que nous en faisons ; sans en avoir quoi que ce soit à foutre des contraintes extérieures. Trop longtemps on nous a dit que nous n'avions pas le temps pour, qu'il fallait rendre telle chose pour telle date, que dans la vie professionnelle c'est comme ça que ça se passe. Ben moi je dis non. Non, je préfère ne rien rendre que rendre un travail bâclé, que rendre un travail inachevé, insuffisant, pauvre. Je dis que j'ai le temps pour. Je dis que la vie professionnelle n'existe pas, je dis que dans ma vie professionnelle c'est pas comme ça que ça va se passer. Le pouvoir c'est le temps : celui qui possède le temps possède le pouvoir, celui qui attribue le temps possède le pouvoir. Je refuse d'avoir un maître au dessus de ma tête : j'ai refusé un Dieu, ce n'est pas pour accepter un maître. Je fais le choix d'être le seul à pouvoir. Je décide par la présente que mon temps est illimité et que mon travail ne sera pas terminé tant qu'il ne sera pas achevé.

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© Romain Nicolas Dramaturge